vendredi 30 juillet 2010 - n°840

Réchauffement : Le plan d’urgence de l’ONERC

Paul Vergès, Président de l’ONERC, a remis hier le rapport « « changements climatiques et risques sanitaires en France ».©DR
L’environnement, la santé publique, mais aussi tous les secteurs de l’activité humaine vont subir les conséquences du réchauffement climatique et il est devenu plus qu’urgent de s’adapter à la situation. En présentant hier son rapport intitulé « changements climatiques et risques sanitaires en France », l’ONERC tire la sonette d’alarme et avance 9 séries de mesures.
« Il est clair désormais que de nombreux effets du réchauffement climatique sont maintenant inévitables. La question n’est donc plus de savoir s’il faut s’adapter, mais quand et comment ». Cela ressemble à un scénario catastrophe et ce n’est pas loin d’en être un. Hier, le président de l’Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique (ONERC) Paul VERGES, a remis à Jean-Louis Borloo, son rapport 2007 consacré aux « changements climatiques et risques sanitaires en France ». Le texte sera remis au Premier Ministre et au Parlement.
La crédibilité du document est attestée par la pluridisciplinarité des personnalités y ayant participé, un aréopage d’experts de Météo-France, de l’INRA, de l’Institut Pasteur, de l’Inserm, de l’AFSSA, du CNES, de l’InVS, de l’IRD, de l’EID, de Medias-France, des CHU, des universités et des ministères en charge de l’écologie et de la santé.

Les conséquences ne feront que s’amplifier

« Le changement climatique est en cours, et nous en constatons déjà un certain nombre de conséquences, qui ne feront que d’amplifier », insiste le rapport. Pour les experts la situation appelle « une politique globale et équilibrée ». Selon eux elle doit reposer sur deux piliers : « la poursuite des efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’abord atteindre les objectifs du protocole de Kyoto », « la mise en œuvre d’une véritable politique d’adaptation pour aider les territoires à affronter dans les meilleures conditions les impacts liés au réchauffement climatique ».
Le rapport aborde des risques de natures différentes : les épisodes caniculaires, les maladies infectieuses, les suites d’événements extrêmes (tempêtes, inondations,…) et les liens entre climat et pollution. Mais selon ses auteurs il est probable que les effets de ces risques sur la santé se produiront souvent sous forme d’événements imprévus, et ceci bien avant la fin du siècle, peut-être demain.

Tous les secteurs de l’activité seront affectés

Mais le texte ne se cantonne pas à l’impact sanitaire du réchauffement. « Des changements profonds sont désormais inéluctables, quels que soient les efforts de réduction des émissions qui pourront être déployés. Ceux-ci vont affecter de nombreux secteurs : agriculture, tourisme, pêche, aménagement du territoire, bâtiments et infrastructures, protection des populations... En ce sens, la question des changements climatiques a cessé d’être une question strictement scientifique concernant un avenir lointain pour devenir un enjeu actuel éminemment politique » assène Paul Vergès, tout en faisant ce constat accablant : « en matière d’adaptation au réchauffement climatique, si on excepte les mesures qui ont été prises après la catastrophe de la canicule de l’été 2003, force est de constater que rien n’existe aujourd’hui ».

Neuf propositions pour s’adapter s’il en est encore temps

Pour finir, le rapport propose une série de 9 mesures comme «  parfaire le système d’évaluation et de suivi de l’impact du réchauffement climatique », « des travaux d’évaluation économique », la prise en compte du changement dans la conception des bâtiments, l’établissement d’une « cartographie de la vulnérabilité », la mobilisation des collectivités. « La sensibilisation à ces questions devra être généralisée dans les grandes écoles, les enseignements universitaires et techniques. Cela supposera le concours du ministère de l’Éducation nationale », poursuit le texte qui préconise aussi « de renforcer les échanges d’informations et la coopération à l’international, notamment avec les pays européens et les pays en développement ». Mais la mobilisation devra aussi être financière et l’ONERC « suggère au gouvernement de réfléchir à la mise en place d’un fonds spécifique pour financer les actions d’adaptation au changement climatique en France ».
Le rapport remis hier par Paul Vergès fera l’objet d’une présentation auprès des membres des groupes de travail du Grenelle de l’environnement. Contribuera-t-il à atténuer les dissensions qui se multiplient depuis quelques jours au risque d’empêcher des prises de décisions courageuses dans les secteurs les plus sensibles tels lagriculture ou l’énergie ? Cela reste à voir !


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