vendredi 30 juillet 2010 - n°840

Stations de ski : Une charte pour s’adapter au réchauffement climatique

La commune de Saint Martin de Belleville qui abrite les stations des Ménuires et de Val Thorens a réalisé une étude qui anticipe les préconisations de la charte des stations des skis.©DR
Hier à Paris, l’Association nationale des maires des stations de montagne a installé une commission nationale de suivi de la charte qu’elle a présenté la semaine dernière à Chambéry. Un texte qui incite les 105 communes membres de l’association à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre et à s’adapter aux impact du réchauffement climatique en montagne (reportage coopératif).
Hier à Paris, l’Association nationale des maires des stations de montagne Ski France, a mis en place un comité national de suivi de sa charte en faveur du développement durable des stations. Le texte avait été présenté publiquement pour la première fois huit jours plus tôt à Chambéry, dans le cadre d’une table ronde organisée par Ski France en collaboration avec l’association de promotion du développement durable en montagne Mountain Riders et Météo France.
La charte a été élaborée à l’issue de 16 mois d’une concertation multipartenaires et devrait être adoptée par les 105 communes adhérentes à Ski France. Elle est destinée à fixer la politique de développement durable pour les dix ans à venir. Organisée en 8 grands chapitres : aménagement, habitat, paysages et espaces naturels, gestion de la ressource en eau, des énergies, déplacements, développement des activités touristiques durables, écocitoyenneté et gouvernance, elle a donné lieu à la rédaction de 130 fiches actions dont disposent désormais les communes.

Entamer un changement culturel

Selon Guy Vaxelaire, maire de La Bresse dans les Vosges, "il ne s’agit pas de peindre les communes de montagne avec un vernis vert, mais bel et bien d’entamer un changement culturel et des habitudes". Un enjeu colossal dans un monde où traditions séculaires, rendements économiques et mono industrie du tourisme ne font pas toujours bon ménage avec l’environnement et le changement climatique. Mais avec patience et persuasion, face aux constats des hivers aux enneigements aléatoires et aux saisons qui raccourcissent, les mentalités évoluent rapidement au point d’accepter de nouvelles règles.
Certes, Guy Vaxelaire comme les responsables de Mountain Riders savent que cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais tous ont bon espoir que les dix prochaines années, cruciales pour l’avenir, verront les bouleversements préconisés par la charte se mettre en place.
Au cours de cette table ronde de Chambéry, André Plaisance, maire de Saint Martin de Belleville en Savoie, qui figure parmi les premiers signataires du texte, a présenté les résultats de la toute première étude française d’évaluation des émissions de gaz à effet de serre au sein d’un territoire de montagne, sa commune.

Bilan carbone aux Ménuires et à Val Thorens

Cette dernière, avec ses 162 kilomètres carrés, accueille sur son territoire les stations de Val Thorens et Les Ménuires, et reçoit près de 50 000 touristes en haute saison. Si cette destination peut faire rêver certains citadins, pour l’environnement local, le trafic généré par cette affluence n’est pas neutre avec près de 74 000 tonnes de CO2 émises chaque année sur le territoire communal, les trois quarts étant à mettre à l’actif de la circulation routière. Pour l’anecdote, le maire a indiqué que « le kilométrage cumulé des touristes venant en voiture particulière représente 1,22 milliard de kilomètres par an… ». D’autre part, 18,7% des émissions sont dus au chauffage, et 7,3% aux activités liées au tourisme comme le damage des pistes de ski ou les remontées mécaniques.
Cette étude, n’est pas à proprement parler un "Bilan Carbone de Territoire" tel que le conçoit l’Ademe qui, lors de cette table ronde a présenté cet outil mis à la disposition des communes. Mais en mettant en évidence l’importance des émissions liées aux transports et à l’habitat, elle permet de définir les leviers sur lesquels les politiques locales peuvent jouer pour réduire les émissions de GES.

Dans l’attente des mesures annoncées au Grenelle

André Plaisance a estimé que « les gains les plus intéressants et les plus facilement réalisables en termes de rejets, peuvent se faire dans le secteur de l’habitat », mais il a aussi déploré « l’absence de mesures incitatives de la part des autorités de tutelles pour des avantages fiscaux à la rénovation thermique des bâtiments alors que les constructions neuves restent largement encore aidées par une défiscalisation particulièrement attractive ». Des mesures ont toutefois été annoncées à l’issue du Grenelle de l’environnement qui devraient être assez rapidement adoptées par le gouvernement.
L’élu s’est aussi interrogé sur la pertinence de l’ouverture de nouveaux lits compte tenu des perspectives de diminution de l’enneigement avancées par les climatologues. En tout cas, la commune de Saint Martin de Belleville a ouvert la voie. Son travail préfigure ce que l’application de la charte de Ski France pourrait produire en matière de limitation des émissions de gaz à effet de serre et d’adaptation des territoires de montagne et de leur économie aux impacts du réchauffement climatique. Exemple à suivre.

Jean-François Fechino
Reportage réalisé dans une démarche coopérative avec la rédaction


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