
L’eau pluviale est récupérée dans un bassin pour être traitée ©Comurhex
Maillon incontournable en France dans la fabrication de combustibles nucléaires, Comurhex, près de Narbonne, a lancé un important chantier pour rationaliser l’utilisation de ses matières premières et réduire au maximum son impact sur l’environnement. Après avoir entièrement retravaillé sa gestion de l’eau en 2007, ce spécialiste de la conversion d’uranium prépare un outil industriel ultramoderne qui sera opérationnel en 2012.
La rupture surprise d’une digue en mars 2004, après de fortes pluies, avait tiré la sonnette d’alarme. « On ne s’y attendait pas », confie un responsable de Comurhex, filiale d’Areva qui transforme chimiquement l’uranium naturel en tétrafluorure d’uranium (UF4), première étape vers la fabrication de combustibles nucléaires. Les débordements ou les fuites des bacs de décantation de l’usine, située à quelques kilomètres de Narbonne, risquaient de laisser échapper des boues chargées en nitrate. « Du coup, nous avons décidé de lancer une importante étude pour protéger l’ensemble des 80 hectares de notre zone lagunaire où son traités nos effluents ». Un ambitieux chantier venait de démarrer, sous le contrôle de la DRIRE Montpellier (Directions Régionales de l’Industrie de la Recherche et de l’Environnement), pour sécuriser la zone et mieux intégrer dans son environnement ce site sensible, classé Seveso 2 (lié à l’utilisation d’ammoniaque et d’acide fluorhydrique). Une réponse également à certains riverains qui s’inquiétaient de l’éventuelle pollution du site et des terres qui l’entourent.
Vingt-neuf millions d’euros ont d’abord été injectés en 2007 pour conforter les installations lagunaires mais aussi pour traiter l’eau pluviale ou utilisée dans l’usine, dans des tours réfrigérantes. « L’eau est indispensable pour refroidir nos installations industrielles lors du processus de purification de l’uranium et de transformation en UF4. Il fallait trouver des solutions pour réduire au maximum sa consommation et son impact sur l’environnement », commente Gregory Degenne, l’un des responsables de la société. Résultat : les 250 m3 d’eau/heure utilisés jusqu’à présent ont été divisés par dix. « Et, nous travaillons depuis août dernier en boucle fermé ».
Eau : un traitement de choc
Ce souci de l’eau se retrouve dans la plaine lagunaire où un système de collecte permet désormais de récupérer et de traiter les eaux de ruissellement en cas d’intempéries. Un procédé innovant vient d’être mis en place pour la purifier et la débarrasser des nitrates qu’elle peut absorber au contact avec le sol, à proximité des lagunes : l’osmose inverse. Ce système employé jusqu’à présent pour rendre potable l’eau de mer, en la désalinisant, s’est révélé particulièrement efficace. Un bassin a également été créé sur les 20 ha de la partie industrielle de l’usine, « où le marquage de l’eau pluviale, qui lessive les toits et les murs des bâtiments, est potentiellement le plus fort ». Une fois récupérée, l’eau est dirigée depuis décembre dans une unité de traitement où toutes les matières en suspension sont retirées, puis elle est filtrée, traitée et purifiée, si besoin, par osmose inverse. Tous les nitrates, métaux lourds ou traces d’uranium sont éliminés. Après un dernier contrôle, elle peut être rejetée dans la nature.
Les eaux usées du personnel de l’usine sont également recyclées avec une station d’épuration capable de gérer l’eau d’un « village de 250 habitants ». Des efforts appréciés de la municipalité de Narbonne qui voit d’un oeil bienveillant la modernisation de l’entreprise, considérée comme l’un des plus gros employeurs locaux avec ses 260 salariés, et sa politique en faveur du développement durable.
Naissance de Comurhex 2
La récompense de ces innovations est arrivée fin octobre. La société est alors rentrée dans le club « fermé » de la centaine d’entreprises françaises qui bénéficient d’une certification globale « qualité, environnement, santé et sécurité » ( combinaison d’ISO 9001, ISO 14001 et OSHAS 18001). C’est Thierry Geoffroy, représentant la direction de l’Agence Française pour l’Assurance Qualité (AFAQ) qui s’est déplacé lui-même pour officialiser ce « système de management intégré ».
La filiale d’Areva veut maintenant passer à la vitesse supérieure. Quasi quinquagénaire, elle veut retrouver une nouvelle jeunesse, orientée vers une plus grande sécurité et préservation de l’environnement. Après concertation avec la municipalité de Narbonne, le choix de poursuivre la modernisation de l’outil industriel, plutôt que de le délocaliser vers un autre site à Pierrelatte (Drôme), l’a emporté. « Après la rupture de la digue en 2004, Comurhex a remis à plat toute sa politique de gestion de l’eau et de développement durable. Plusieurs réunions, de nombreuses discussions, et l’ampleur des travaux décidés par l’entreprise, ont permis de dégager un consensus », commente Jean-Marie Ligneres, directeur du développement durable à la Mairie de Narbonne. Baptisée « Comurhex 2 », la nouvelle usine « sera opérationnelle fin 2011-début 2012 ». Investissement : 240 millions d’euros. Au programme : la construction ou la rénovation totale des bâtiments et la modification du process industriel. Cette évolution va permettre de fortement réduire l’utilisation de réactifs « agressifs » comme l’ammoniac grâce à l’iso flash, procédé ultramoderne qui permet de transformer l’uranium en tétrafluorure d’uranium (UF4), sans l’aide de produits chimiques. « Notre objectif, à terme, est de limiter l’envoi des effluents vers la zone lagunaire et de limiter ainsi au maximum son étendue ».