vendredi 30 juillet 2010 - n°840

Unesco : Les sciences de la Terre au centre du XXIe siècle

Les cérémonies organisées hier au siège de l’Unesco, à Paris, ont marqué le coup d’envoi de l’« année internationale de la planète Terre ». © Tanguy Cadieu / Naja
Les colloques organisés hier et aujourd’hui au siège de l’Unesco à Paris, marquent le coup d’envoi de l’« année internationale de la planète Terre ». Tout au long de 2008, débats, expositions et concours vont sensibiliser le grand public et les décideurs au rôle fondamental que les sciences de la Terre peuvent jouer dans la prédiction, la prévention et la résolution des grandes crises du XXIe siècle. Ainsi, face au défi que consituera bientôt l’alimentation de neuf milliards d’individus, géographes, géologues, pédologues ou agronomes seront les mieux placés pour aider les gouvernements à trouver de nouvelles terres, les protéger, et les arroser.
Les sciences de la Terre peuvent apporter des réponses aux grands défis du XXIe siècle. C’est le message qu’entendent transmettre aux décideurs et au grand public les spécialistes des géosciences (géographes, géologues, pédologues, agronomes et autres climatologues) à l’occasion de l’« année internationale de la planète Terre ».
Officiellement lancée hier(1)et aujourd’hui à Paris, au siège de l’Unesco, par un colloque sur les grandes menaces planétaires de ce siècle, cette série d’évènements internationaux (débats, expositions, concours) « est organisée par l’ensemble des professionnels des géosciences, qui ont su convaincre l’ONU de proclamer 2007, 2008 et 2009 années internationales de la Terre, avec pour point d’orgue l’année 2008. L’objectif, c’est de faire comprendre aux décideurs que, quand on parle de l’avenir de la planète, on parle nécessairement de géosciences. Quand on évoque le problème de la nourriture, on parle de sols ; quand on traite d’énergie ou de risques, on parle de sous-sol. Donc, à chaque fois, de géosciences. On ne s’attend pas à ce que de grandes décisions politiques soient prises à l’issue de cette année de la Terre. On souhaite simplement que les décideurs comprennent que nous pouvons les aider à prendre des décisions importantes, et qu’ils devraient plus souvent nous consulter  », explique Denis Vaslet, du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), président du comité national français de l’année internationale de la planète Terre.

Comment nourrir 9 milliards de terriens ?

Le rôle considérable qu’ont joué en 2007 les climatologues du GIEC (2) dans la prise de conscience globale des risques liés au réchauffement climatique a beaucoup fait pour convaincre de l’utilité des sciences de la Terre en tant qu’outil de diagnostic et de prescription.
Les géosciences doivent désormais persuader les dirigeants de la planète qu’elles peuvent contribuer à relever un autre défi majeur du XXIe siècle : nourrir l’Humanité. Pour le géologue Ghislain de Marsily, de l’Académie des sciences, qui s’exprimait sur ce sujet à l’occasion du colloque organisé hier à l’Unesco, « le problème numéro un de la planète, c’est que, d’ici à 2050, sa population va passer de 6,5 milliards à 9 ou même 11 milliards. Comment les nourrir ? En trouvant de nouvelles terres cultivables, et en les protégeant de l’érosion ou de la salinisation. Ca, c’est justement le travail des géographes, des pédologues et des agronomes. »

Biocarburants : les experts dubitatifs

Et là ne s’arrête pas la mission potentielle des géoscientifiques au service de la société : « une fois les nouvelles terres mises en culture, il leur faudra de l’eau. Il sera donc nécessaire de faire appel aux géologues pour déterminer les meilleurs sites de pompage ou de construction des barrages.  »
Les spécialistes des sciences de la Terre auraient également leur mot à dire si on leur demandait de s’exprimer à propos des biocarburants : « on ne pourra pas en même temps utiliser les terres cultivables pour nourrir l’Humanité et produire du carburant. Il faut d’ores et déjà faire un choix  », assène Ghislain de Marsily.
Pour lui, le « rôle des sciences de la Terre, c’est aussi de réfléchir à des solutions pour éviter une catastrophe alimentaire majeure. Car c’est statistique : tous les siècles, il y a en moyenne deux épisodes climatiques extrêmes qui aboutissent à des famines terribles. Ca peut arriver demain, comme dans dix ans, mais c’est inévitable. Or, à ce jour, nous n’avons pas plus de deux mois de nourriture en stock à l’échelle mondiale  », prévient le géologue.
(1) L’année internationale de la Terre est organisée par L’Unesco et par l’Union internationale des sciences géologiques (IUGS) (2) GIEC : groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat


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