vendredi 30 juillet 2010 - n°840

Grenelle : Un processus irréversible, selon Borloo

Pour Jean-Louis Borloo, le Grenelle est « solide ». © Tanguy Cadieu / Naja
Jean-Louis Borloo a réuni hier tous les participants au Grenelle de l’environnement pour un point d’étape qui lui a permis de vanter les avancées accomplies depuis un an. Les représentants de la société civile ont toutefois déploré les nombreux reports de la loi Grenelle 2, qui ne devrait passer en conseil des ministres que fin octobre, et les couacs autour du bonus malus qui n’ont pas contribué à envoyer un signal clair aux Français. Pour Jean-Louis Borloo, le Grenelle n’en est pas moins un processus « solide et irréversible ».
Abandon d’un projet de mine d’or en Guyane, suspension de la culture du maïs MON 810, bonus-malus automobile, progression du « bio » dans les cantines, plan de réduction des pesticides… l’équipe du Meeddat(1), menée par Jean-Louis Borloo, a égrené hier devant l’ensemble des participants au Grenelle de l’environnement la liste des réformes accomplies depuis le lancement de ce processus il y a un an.
Un « point d’étape 2008 » au cours duquel les ONG ayant pris part aux six groupes de travail du Grenelle ont toutefois regretté les nombreux reports de la loi d’application « Grenelle 2 », dont l’absence « ne permet pas d’avoir une vision générale et de juger de la qualité du texte  », selon Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France. « La rédaction du Grenelle 2 est en cours de finalisation. Le texte sera prêt d’ici une quinzaine de jours et passera en Conseil des ministres fin octobre ou début novembre », a indiqué Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie. Le 17 septembre, devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée, il avait déjà assuré aux députés que le Grenelle 2 serait sur la table du Conseil d’Etat au début de cette semaine.

Jean-Louis Borloo désavoué

Ce nouveau retard survient après que le président de la République ait désavoué son ministre de l’écologie en démentant l’extension du bonus-malus et l’instauration d’une « taxe pique-nique ». Un cafouillage dans la communication gouvernementale que les participants au point d’étape 2008 ont abondamment déploré.
Ainsi, pour Philippe Pelletier, chargé d’accompagner la mise en œuvre du Grenelle dans le logement existant : « ce n’est pas un bon signal que la représentation nationale envoie ainsi aux Français. Pour mettre dans le sens du Grenelle tous les propriétaires de logements, il faut leur dire : vous pouvez y aller, la France a choisi la croissance verte. »
Même son de cloche du côté des professionnels des énergies « vertes » : « les objectifs ambitieux du Grenelle en matière d’énergies renouvelables nécessitent la mobilisation de l’ensemble des ressources. Nous avons besoin de visibilité et de sérénité avant d’investir  », plaide André Antolini, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).

Le syndrome du gardien de phare

Prenant acte de ces remarques, le ministre de l’écologie a reconnu que les récents couacs avaient «  fragilisé l’édifice, mais on a beaucoup appris. La difficulté du Grenelle, c’est de faire en sorte que le prix écologique ne soit pas perçu comme une taxe, une punition. Il y aura d’autres incompréhensions, mais en tout état de cause, on ira vers un prix écologique parce que la transition est de toute façon indispensable. » Et de tenter de rassurer la salle en affirmant que « le Grenelle est solide, et il est irréversible. »
Pour Serge Orru, directeur général du WWF France, « si on ne veut pas que le Grenelle souffre du « syndrome du gardien de phare », à savoir beaucoup d’horizon et peu d’avenir, il va falloir convaincre Bercy et Matignon que ce qui coûte cher ce n’est pas le Grenelle. Ce qui coûte cher, c’est l’immobilisme.  »
(1) Meeddat : Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire.


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