vendredi 30 juillet 2010 - n°840

Multilinguisme : Une chance culturelle et économique pour l’Europe

Léonard Orban, commissaire européen en charge du multilinguisme , a inauguré mercredi à Paris le salon Exposlangues.©Tanguy Cadieu/Naja
Pour le commissariat européen en charge du multilinguisme créé il y a un an, il faut encourager la diffusion des langues officielles et régionales parlées en Europe, mais aussi celles des pays tiers à l’Union. Un défi qui n’est pas mince compte tenu de la grande diversité linguistique dans l’UE, comme l’explique le commissaire Léonard Orban.
En 2007 la Commission européenne a créé un commissariat au multilinguisme, compétence jusque-là dévolue au commissaire chargé de l’éducation, pourquoi ?

L’Europe est de plus en plus diverse. Nous avons maintenant 23 langues officielles mais aussi plus de 60 langues régionales ou minoritaires et 175 langues parlées par des migrants extra européens. Il y a une grande diversité linguistique qui constitue un atout important pour l’Europe et nous voulons la valoriser. C’est la raison pour laquelle ce commissariat a été créé il y a un an.

Pour autant, dans le cadre des échanges entre habitants des divers pays, ou dans celui du fonctionnement des institutions, cette diversité ne constitue-t-elle pas une difficulté ?

Il faut faire une distinction entre la dimension institutionnelle et la dimension politique. La dimension politique ce sont les efforts et la volonté de l’union européenne de défendre et de promouvoir la diversité linguistique. D’un autre côté, la dimension institutionnelle représente bien sûr un défi en raison du grand nombre de langues officielles et nous assurons chaque année la traduction dans toutes les langues officielles de millions et millions de pages. Nous assurons a traduction de nombreuses rencontres dans toutes ces langues. Donc c’est un défi, mais finalement nous sommes dans le monde la seule institution capable de gérer un régime linguistique avec 23 langues. C’est incroyable,mais nous avons réussi à le faire.

Que fait la commission pour promouvoir le multilinguisme ?

La commission n’est pas la seule institution responsable de la promotion du multilinguisme, ce sont les Etats qui, en premier lieu, ont cette compétence. En ce qui concerne les outils de la Commission il faut dire d’abord que le dialogue politique est extrêmement important. Ensuite la capacité d’identifier, de disséminer, et de diffuser les meilleures expériences est, elle aussi, importante. Et puis il y a nos programmes communautaires comme celui sur l’apprentissage tout au long de la vie par lesquels nous avons la possibilité de financer des projets liés à la promotion des différentes langues.

Quelle appréciation portez-vous sur le niveau des enseignements des langues étrangères tel qu’il ressort de l’enquête Eurydice* ?

Il y a eu de grands progrès durant les cinq dernières années. D
Dans le cadre du processus de Barcelone, l’Union s’est fixé l’objectif « langue +2 », qui signifie que chaque citoyen doit apprendre deux langues étrangères en plus de sa langue maternelle. De ce point de vue nous avons noté de grands progrès dans la plupart des pays membres. Par exemple, si nous regardons tous les citoyens, seulement 28% de la population est aujourd’hui capable de parler deux langues étrangères, mais si nous regardons les jeunes de 15 à 25 ans, la situation est meilleure puisque plus de 40% d’entre eux en sont capables de le faire. C’est un progrès mais ce n’est pas suffisant. Il faut faire le maximum pour étendre encore davantage le multilinguisme partout en Europe.

Toujours selon cette étude l’anglais arrive largement en tête des langues étrangères enseignées en Europe et 95% des enseignements ne concernent que cinq langues, pas forcément originaires de l’Union. Peut-on encore parler de multilinguisme ?

C’est la raison pour laquelle la commission souhaite encourager l’apprentissage de toutes les langues. Nous encourageons tous les citoyens à apprendre des langues des pays tiers de l’Union comme le Russe, le Mandarin, l’Arabe et d’autres langues. Notre intention d’assurer à la fois la dissémination la plus large possible de beaucoup de langues européennes et non européennes. Par exemple, nous encourageons les échanges transfrontaliers. Nous considérons qu’il y a des opportunités extraordinaires à saisir grâce aux échanges et nous finançons des projets pour assurer la promotion des langues.

Quelle préconisez-vous pour ce qui est de la progression des enseignements, de la formation des enseignants et des contenus éducatifs pour les élèves ?

Les Etats membres sont responsables de leur système d’enseignement et du contenu du curriculum. Le dialogue politique avec les différents Etats membres reste le principal outil de la commission. Dans ce cadre, nous insistons sur le fait que l’apprentissage d’au moins deux langues étrangères avec titre obligatoire, est la meilleure formule, non seulement dans le domaine de l’enseignement initial mais aussi dans la formation professionnelle, parce que de plus en plus nous avons besoin de maîtriser des langues dans le domaine du travail. Donc cet apprentissage est important à la fois du point de vue culturel et du point de vue professionnel.

Vous-même, combien parlez-vous de langues ?

J’en parle quatre.
* Voir lien dans sources **Anglais, Allemand, Espagnol, Français, Russe.


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