
Anne Lauvergeon hier soir lors de la présentation des résultats d’Areva.©Tanguy Cadieu/Naja
Malgré une dette et un charge financière élevées dues aux investissements consentis ces cinq dernières années et au épart de Siemens, Areva affiche une insolente réussite en 2008, avec des perspectives de développement accrues en 2009. Hier, Anne Lauvergeon la présidente du directoire, présentait le bilan annuel du groupe.
Par temps de crise, le nucléaire se porte bien. C’est le message appuyé qu’a fait passer hier Anne Lauvergeon, la présidente du directoire d’Areva, lors de la présentation des résultats 2008 du groupe. Hier, elle annoncé une nouvelle croissance : « Areva, n’est pas ralenti par la crise, le nouveau nucléaire n’est pas ralenti par la crise. » Les chiffres clef illustrent le propos : un carnet de commande en hausse de 21,1% par rapport 2007, s‘établissant à 48,2 Md€, un chiffre d’affaire en progression de 10,4% à 13,2 M€, mais un résultat net de 589 M€ qui recule comparé au 743 M€ de l’année précédente. Une variation à la baisse qui s’explique pour une grande part par un résultat financier passant du positif avec + 64Md€ il y a un an, au négatif à -29 M€ en raison notamment d’une augmentation des charges financières et « de dépréciations sur le portefeuille dédié aux opérations de fin de cycle, dues à la baisse des marchés financiers ».
Dans le rouge aussi le cash flow opérationnel après investissements, mais il passe d’une année sur l’autre de -1,985 Md€ à -921 M€ en raison principalement du montant des acquisitions. Ce dernier évolue de -1,818 Md€ à + 127 M€, grâce à l’apport en trésorerie réalisé par Suez lors de son entrée dans Georges Besse II, future usine d’enrichissement d’uranium prévue sur le site de Tricastin dans le Vaucluse.
Plus de 5,5 milliards de dette
Enfin, parmi les chiffres mis en avant, il y a bien sûr celui de la dette due aux investissements réalisés depuis le début des années 2000 dans le renouvellement du parc nucléaire. Elle s’élève à pratiquement 5,5 Md€. « Les activités industrielles avaient besoin de jouvence et de renouvellement », a souligné Anne Lauvergeon, indiquant qu’en France presque toutes les usines ont été construites en même temps il y a 40 ans et qu’il n’y a pas eu d’investissements significatifs depuis. « Nous avons dû faire des investissements considérables, mais nous n’avions pas le choix » a-t-elle expliqué.
Mais la hauteur de l’endettement s’explique pour 2,049 Md€ par les sommes qu’il faudra reverser à Siemens d’ici à 2012 en raison de son départ du capital annoncé fin janvier, un départ qui s’accompagne de la cession de ses actifs au groupe. La sortie de l’allemand qui aujourd’hui tente de revenir sur le marché du nucléaire civil par un partenariat avec le russe Rosatom risque de poser à terme un problème de concurrence à Areva.
Y aura-t-il un remplaçant pour Siemens ?
Dans le contrat qui liait les parties une clause de non-concurrence prévue pour durer huit années était inscrite « Nous allons négocier avec Siemens l’ensemble des paramètres et ils sont nombreux » a commenté laconique la présidente du directoire.
Autre question posée par ce départ, celle du remplacement de Siemens, si tant est que l’option de faire rentrer un nouvel actionnaire soit toujours de mise. Plusieurs pistes avait été évoquée, dont celle d’Alsthom ou encore celle évalnouie hier lors du sommet italo-français de Rome de Finmecanica. Hier, Anne Lauvergeon s’est montrée on ne peut plus langue de bois sur le sujet, renvoyant systématiquement ses interlocuteurs auprès du gouvernement pour ne pas dire du chef de l’Etat. « Toutes les solutions sont sur la table » a-t-elle expliqué. Augmentation du capital ou pas. « la volonté des actionnaires est de développer Areva ». Elle a assuré « nous faisons la course en tête » est s’est montrée convaincue que le gouvernement allait trouver « dans les semaines qui viennent les voies et les moyens pour les financements dont a besoin le groupe ».
La réussite d’un modèle économique
En prenant du recul sur les cinq dernières années, Anne Lauvergeon a rappelé l’importance de la croissance du groupe qui, depuis sa création en 2001, a développé une gamme de services intégrés, lui permettant d’être présent sur l’ensemble de la filière, depuis l’extraction de l’uranium puis son enrichissement, jusqu’aux services en aval ou la transmission et diminution, en passant par la construction de réacteurs. Elle a vanté les mérite de « business modèle solide, durable et adapté ».
En revanche, Anne Lauvergeon ne s’est guère attardée sur la question des énergies renouvelables. Après l’interdiction d’entrer dans le danois Bonus en 2007 faite par Bercy, puis la cession en juin dernier de sa participation dans l’allemand REpower, Areva ne semble pas avoir renoncé à se lancer dans l’éolien. Mais Anne Lauvergeon s’est contentée de rappeler l’entrée du groupe à hauteur de 51% dans Multibrid en 2007, soulignant la volonté de la société allemande de développer de l’éolien offshore. Elle a aussi souligné ses accords dans le domaine de la biomasse, notamment celui intervenu en 2008 avec l’américain Duke Energy.
Pour 2009, les perspectives du groupe semblent claires : 10 électriciens dans le monde ont choisi l’EPR, ce qui génère des commandes jusqu’en 2040, et de citer également un accord sur 60 ans passé avec l’Inde pour sécuriser l’approvisionnement de ses réacteurs. Elle note aussi les « opportunités » ouvertes par les plans de relance du nucléaire aux Etats Unis, la Chine, etc. Un marché en croissance qui a justifié le recrutement de 15 000 personnes en 2008 avec en prévision 12 000 embauches en 2009.