mardi 9 février 2010 - n°724

Gaz à effet de serre : Le Canada dans le rouge

Au Canada, les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont progressé en 2007 de 4 % par rapport à 2006 et de 34% par rapport aux engagements de Kyoto ©DR
Le Canada vient de dévoiler à l’ONU un bilan décevant de ses émissions de CO2. L’ensemble du pays, dont le Québec, affiche des résultats bien loin des engagements pris dans le cadre de Kyoto. La hausse a été de 4% de 2006 à 2007, soit près de 34% au-dessus des objectifs prévus par le Protocole. Les centrales thermiques, les transports et la production de pétrole seraient parmi les principaux responsables de ces mauvais chiffres.
L’ONU s’était alarmé, en novembre dernier, à la veille de l’ouverture de la conférence sur le climat de Poznan, de l’augmentation de 2,3% des émissions de CO2 des 40 pays industrialisés entre 2000 et 2006. Le Canada vient de confirmer cette tendance, dévoilant une nouvelle hausse de ses émissions, et ce malgré ses engagements de réduction. A huit mois des nouveaux engagements qui doivent être pris par la communauté internationale, en décembre prochain, à Copenhague, cette annonce est une véritable douche froide pour la communauté internationale.
Le pays des érables vient ainsi de révéler des chiffres bien loin des objectifs initiaux que lui imposaient le protocole de Kyoto. Ses émissions de gaz à effet de serre ont bondi de 4 % de 2006 à 2007 pour atteindre les 747 mégatonnes (Mt) d’équivalent de dioxyde de carbone, soit un écart de 33,8 % par rapport au niveau cible de 558,4 Mt établi lors du Protocole de Kyoto, signé par le Canada. Des chiffres qui se retrouvent au Québec, qui est passé de 82,6 Mt en 2006 à 85,7 Mt en 2007, soit une augmentation comparable de 3,8 %. En cause : les centrales thermiques (+1,2 Mt), les transports (+2,1 Mt) et les productions gazières et pétrolières, considérés comme les principaux responsables de la hausse. 

Les « mauvais chiffres » canadiens

Le Canada s’était pourtant engagé à Kyoto à ramener ses émissions de GES à 6 % sous le niveau de 1990, soit à 558 Mt par an entre 2008 et 2012. Les mauvais chiffres enregistrés rendent aujourd’hui cette objectif difficile à atteindre, selon les spécialistes. Pour Environnement Canada, auteur du rapport de 613 pages qui vient d’être remis à l’ONU, «  de 1990 à 2007, la forte augmentation de la production pétrolière et gazière, en grande partie à des fins d’exportation, s’est accompagnée d’une hausse considérable du nombre de véhicules motorisés et d’une dépendance encore plus marquée aux centrales électriques au charbon, pour donner lieu à une progression rapide des émissions ». Cette « pollution » n’a pas pu être compensée par les progrès réalisés « par une baisse des émissions dans la plupart des sous‑secteurs des procédés industriels et tous les sous‑secteurs agricoles, de même que par une diminution des émissions dues à la combustion dans les industries des pâtes et papiers et dans les sous‑secteurs commerciaux et institutionnels ».
La production d’électricité d’origine thermique a en effet entraîné une augmentation des émissions de 10 Mt dans l’ensemble du Canada. L’Ontario, par exemple, a rouvert plusieurs centrales au charbon après avoir fermé des réacteurs nucléaires en fin de vie. Autre fautif : le pétrole produit à partir des sables bitumineux, surtout dans l’Alberta, qui aurait engendré à lui seul 7,4 Mt d’émissions. Globalement, les industries minière, gazière et pétrolière ont connu une hausse de 56,7 % de leurs émissions de 1990 à 2007.

 L’inquitétude des écologistes

Ces résultats ont été accueillis avec consternation par l’ensemble des mouvements écologistes. « Ce bilan est tout simplement catastrophique » a commenté Steven Guilbeault, porte-parole de l’organisation québécoise Equiterre, dénonçant une politique canadienne « désastreuse » en matière d’environnement. Il a indiqué que les émissions des véhicules de fortes cylindrées avaient bondi de 117 % au Canada depuis 1990. Le Premier ministre québécois, Stephen Harper, n’a, il est vrai, jamais caché au cours des dernières années sa méfiance envers le Protocole de Kyoto qu’il n’a pas hésité à juger «  irréaliste ». Signe plus positif pour l’environnement en Amérique du Nord, la Californie vient de révéler une politique plus agressive en faveur de la lutte contre les GES. Le plus grand Etat des Etats-Unis a annoncé une nouvelle réglementation en matière d’émissions de gaz à effet de serre des carburants. Cette norme inédite exigera des raffineries, producteurs et importateurs de carburants vendus en Californie une réduction de 10 % de «  l’intensité carbone » de leurs produits d’ici à 2020.


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