jeudi 2 septembre 2010 - n°864

Réchauffement climatique : Le G8 face à l’aggravation de la faim dans le monde

Selon la FAO, « la crise silencieuse de la faim - qui touche un sixième de l’humanité - représente une grave menace pour la paix et la sécurité mondiales ». ©DR
Alors que la FAO dresse un tableau inquiétant de la faim dans le monde, Oxfam interpelle les dirigeants du G8 à la veille de l’ouverture du sommet qui aura lieu du mercredi 8 au vendredi 10 juillet en Italie. L’ONG international tire la sonnette d’alarme sur la dégradation chronique de l’accès aux ressources alimentaires. Dans le collimateur : la crise économique et surtout le changement climatique avec ses conséquences sur la production agricole.
Un sixième de l’humanité serait victime de sous-alimentation, soit 1,02 milliard d’êtres humains. Selon les dernières estimations publiées par la FAO, la faim dans le monde aurait atteint en 2009 un niveau historique. « Un triste record », commente l’organisation mondiale. « Un mélange dangereux constitué par le ralentissement de l’économie mondiale et la flambée persistante des prix des denrées alimentaires dans de nombreux pays a fait sombrer dans la faim et la pauvreté chroniques quelque 100 millions de personnes de plus par rapport à l’an dernier », explique Jacques Diouf, Directeur général de la FAO.
Un phénomène que risque de gravement amplifier le réchauffement de la planète, selon l’ONG international Oxfam. La faim chronique pourrait ainsi se généraliser dans nombre de régions du globe et devenir « la tragédie humaine déterminante de ce siècle ». L’organisation prévient dans un rapport remis aux membres du G8 que, sans actions concrètes et immédiates, les impacts du changement climatique « réduiront à néant 50 ans de lutte » contre la pauvreté. « Les citoyens des pays riches commencent à peine à se sentir concernés par les effets à long terme du changement climatique. Mais des millions de personnes parmi les plus pauvres du monde en subissent elles déjà les conséquences dans leur vie quotidienne. Le changement climatique n’est pas seulement une question pour demain. Cette réalité doit être un élément central dans la lutte contre la pauvreté », déclare Luc Lamprière, directeur général d’Oxfam France – Agir ici. 

Des cycles de production en danger

Si les pays riches situés dans les zones tempérées, comme l’Europe du Nord et une grande partie des États-Unis, devraient bénéficier d’une élévation modérée des températures et de pluies plus abondantes, les régions plus chaudes, plus pauvres et beaucoup plus peuplées de la planète risquent en effet de subir de plein fouet une crise alimentaire consécutive à des denrées plus chères et à des productions plus aléatoires, souligne l’ONG qui s’appuie sur les dernières données scientifiques et sur l’expérience de ses membres dans près d’une centaine de pays. Dans les états les plus pauvres, le changement climatique commencerait déjà à perturber les cycles de production. Résultats : des pertes de récoltes et des phénomènes récurrents de sécheresse et d’inondations qui devraient s’amplifier et ravager les zones agricoles, selon Oxfam. 

150 milliards pour réduire les gaz à effet de serre

« Alors que le changement climatique et la sécurité alimentaire sont à l’ordre du jour du G8, la France et ses partenaires doivent s’engager sur un accord global sur le climat centré sur les besoins des populations les plus pauvres du monde. 150 milliards de dollars sont nécessaires chaque année pour financer la réduction des émissions. Il est urgent que les pays du G8 remplissent leurs engagements et démontrent qu’ils prennent au sérieux la question de l’adaptation », rappelle Romain Benicchio, chargé de programme pour Oxfam France – Agir ici.
En publiant son rapport juste avant l’ouverture du sommet du Groupe des huit pays les plus industrialisés (G8), prévu du 8 au 10 juillet à L’Aquila, dans le centre de l’Italie, Oxfam International veut avant tout attirer l’attention des pays les plus riches de la planète sur l’urgence d’agir et de parvenir à un accord sur la réduction des émissions des gaz à effet de serre d’ici la conférence mondiale sur le climat prévue à Copenhague en décembre.


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