vendredi 30 juillet 2010 - n°840

Indicateurs économiques : Le PIB ne suffit plus

Hier à la Sorbone, l’économiste français Jean-Paul Fitoussi et l’américain prix Nobel 2001 d’économie Joseph Stiglitz.©TC/Naja
Mesurer le bien être des gens, évaluer le capital environnemental et humain légué aux générations futures, donner une valeur sociale à la santé, à l’éducation, aux biens publics et activités non-marchandes. Le rapport de la commission sur la mesure de la performance économique a été présenté hier, Nicolas Sarkozy entend l’inscrire à l’ordre du jour de Pittsburg et de Copenhague.
La photo de famille aurait pu faire date. Deux prix Nobel d’économie, l’américain Joseph Stiglitz, l’indien Amartya Sen et un économiste de renommée internationale le français Jean-Paul Fitoussi, s’exprimant à la suite du chef de l’Etat pour présenter le rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social, hier le Grand amphithéâtre de la Sorbonne ne manquait pas de solennité. D’autant que le rapport s’appuyant notamment sur les travaux de Stiglitz préconise, comme on s’y attendait, de revoir les outils de mesure de la performance de l’économie, le calcul du PIB en particulier, afin de prendre en compte aussi le bien être des populations.

De Pittsburg à Copenhaque

Nicolas Sarkozy a qui le rapport avait été remis la veille, a adopté la même posture que celle qu’il avait affiché au G20 de Londres pour appeler les puissant de ce monde à « moraliser le capitalisme ». "Le débat sur les conclusions de ce rapport, la France l’ouvrira partout. Elle le mettra à l’ordre du jour de toutes les réunions internationales, de toutes les rencontres, de toutes les discussions qui ont pour objectif la construction d’un nouvel ordre économique, social, écologique mondial", a-t-il lancé. "La France se battra pour que toutes les organisations internationales modifient leurs systèmes statistiques en suivant les recommandations de la commission", a-t-il ajouté alors que se profile le G20 de Pittsburg les 24 et 25 septembre et, le sommet de Copenhague en décembre.

Revoir les outils de mesure de la performance

« Le rapport établit une distinction entre évaluation du bien-être présent et évaluation de sa « soutenabilité » (1), c’est-à-dire de sa capacité à se maintenir dans le temps", expliquent ses auteurs. Pour évaluer la richesse, ils préconisent de tenir compte de la production de biens publics ainsi que des activités non-marchandes. Pour évaluer le bien être ils recommandent de mesurer le ressenti des individus sur des dimensions telles que les conditions de vie matérielle, l’éducation, la santé, l’ensemble des activités personnelles, l’environnement, les rapports sociaux, l’insécurité, « tant économique que physique ». « La troisième piste est de se projeter dans l’avenir. Pour cela il nous faut tenter d’avoir une mesure de l’épaisseur des évolutions en cours pour savoir si elles sont durables », a expliqué Jean-Paul Fitoussi. Si les indicateurs restent à construire, le rapport préconise une approche de la « soutenabilité » en termes de mesures de stocks, stocks liés « aux quantités et qualités non seulement des ressources naturelles, mais aussi du capital humain, social et physique. »

Des indicateurs propre à l’environnement

En ce qui concerne l’aspect environnemental du développement durable, les auteurs proposent la mise en place d’indicateurs spécifiques permettant de mesurer les pressions environnementales. Hier, les discussions autour de ce rapport se sont prolongées autour d’un séminaire qui a duré toute la journée. Mais la commission a prévenu que son rapport « loin de clore le débat ne fait que l’ouvrir », au niveau national et international car certaines questions telle celle du réchauffement climatique ne connaissent pas les frontières. C’est le message que semble avoir entendu Nicolas Sarkozy.
1 : Du mot anglais "sustenaible" employé pour désigner le développement durable.


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