mardi 9 février 2010 - n°724

Étude : Les pauvres polluent pour que les riches consomment

Selon l’Institut de la consommation durable de l’Université de Manchester, « les consommateurs font partie du problème (climatique NDLR) », mais ont « un rôle fondamental à jouer pour trouver la solution ».©DR
Un rapport récemment publié par l’Institut de la consommation durable de l’Université de Manchester pointe la responsabilité des consommateurs dans la hausse des émissions de gaz à effet de serre. Une part non-négligeable de la pollution générée par les pays en développement sert en fait les modes de consommations des pays développés, explique l’étude.
Au moment où l’Europe se déchire sur la question de l’aide à apporter aux pays pauvres dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, un rapport de l’Institut de la consommation durable (SCI) de l’Université de Manchester intitulé « Consumers, business and climate change » fait pour la première fois le lien entre réchauffement et modes de consommation. Verdict : « en tant que consommateurs, nos vies sont basées sur des biens, services et activités qui dépendent de la production de gaz à effet de serre  ». Ainsi, en Grande-Bretagne, « 75 % des émissions de gaz à effet de serre sont directement ou indirectement liées aux modes de consommations ».
L’étude pointe par ailleurs l’injustice dans le mode de calcul actuel des émissions basé sur la production de CO2. Les pays en développement, souvent pointés du doigt comme étant de gros pollueurs alimentent en effet largement les modes de consommation polluants des pays développés. La Chine produit ainsi 20 % de ses émissions pour le compte d’autres pays, tandis que les Etats-Unis « consomment » 8 % de gaz à effet de serre en plus, qui sont comptabilisés dans les rejets d’autres pays.

Les pays émergents, une épée de Damoclès


Alors que la population terrestre dépassera les 9 milliards d’individus en 2050, les auteurs du rapport craignent que la hausse du niveau de vie des pays en développement dans une économie encore largement basée sur les énergies fossiles ne fasse qu’aggraver la situation. Problème : « il est socialement indésirable et impossible en pratique d’interdire aux pays l’opportunité de se développer et d’améliorer leur niveau de vie ». Il est donc impératif de « trouver des chemins vers des améliorations du niveau de vie sobres en carbone, tant dans les pays en développement que les pays développés ». Or si « les consommateurs font partie du problème, ils ont également un rôle fondamental à jouer pour trouver la solution  » explique le SCI.

Aux décideurs d’aider les consommateurs


Selon le rapport du SCI, « les consommateurs peuvent jouer un rôle crucial dans le combat contre le réchauffement climatique ». « En changeant de comportement », ces derniers ont le pouvoir de réduire les émissions de gaz à effet de serre « de la manière la plus économiquement efficace », en « stimulant l’innovation en matière de produits et services sobres en carbone » et en « soutenant les gouvernements dans la mise en œuvre de politiques de lutte contre le réchauffement  ». Reste que « le prix des produits et services sobres en carbone, le manque d’information et le pessimisme face à l’ampleur du problème » constituent des freins majeurs à l’émergence d’un mode de consommation plus respectueux du climat. Pour les auteurs de l’étude, «  le grand défi qui se pose aux décideurs » est donc « d’outrepasser ces barrières » pour «  donner le pouvoir aux consommateurs ».


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