vendredi 30 juillet 2010 - n°840

Réchauffement climatique : Douche froide à Copenhague

119 chefs d’état et de gouvernement, représentant 89% de l’économie mondiale, se sont retrouvés vendredi 18 décembre au Sommet de Copenhague pour la journée finale de négociations ©DR
C’est un revers pour l’ONU qui s’était battue depuis deux ans pour obtenir en décembre 2009 un accord historique. Mais surtout un échec pour la planète. Les négociations se sont soldées sur un simple objectif à minima, maintenir sous la barre des 2°C la hausse de la température moyenne de la planète, sans aucune contrainte. Nombre de pays en développement s’estiment trahis et abandonnés. L’accord à l’arraché annoncé vendredi soir par Nicolas Sarkozy et Barack Obama pourrait ne pas être signé par l’ensemble 119 chefs d’État et de gouvernement présents.
On est loin des objectifs ambitieux de départ. Le slogan de l’United Nations Framework Convention on Climate Change (UNFCCC) - « Il est temps d’agir à Copenhague » - n’a visiblement pas été entendu. Après des débats tendus, les 119 chefs d’États et de gouvernement présents vendredi 18 décembre au Sommet de Copenhague se sont mis d’accord sur un objectif à minima : maintenir sous la barre des 2°C la hausse de la température moyenne de la planète, mais sans fixer d’objectif mondial de baisse des émissions de CO2, ni la création d’une Organisation mondiale de l’environnement, comme le souhaitait l’Europe. L’accord politique prévoit seulement, sans entrer dans le détail, la création d’un fonds spécial et d’une enveloppe qui s’élèvera progressivement à 100 milliards de dollars d’ici à 2020, destiné en priorité aux pays les plus vulnérables. Oublié donc les objectifs de réduction de 50% et de l’ensemble des pays d’ici à 2050. Les négociateurs sans doute pêché par optimisme en pensant que la Chine et l’Inde accepteraient cette condition qui leur aurait obligé à brider leur croissance. Des carences dans l’organisation du Sommet de Copenhague ont été également montrées du doigt comme cette première réunion à 25, vendredi soir, dans une salle où il manquait des chaises, des micros et des interprètes !

« Le pire accord de l’histoire » ?

« C’est le pire accord de l’histoire », ont commenté certains pays en développement qui ont le sentiment de ne pas avoir été entendus et même d’avoir été écartés des discussions finales. La Bolivie a critiqué « les méthodes employées » pour obtenir cet accord et la déléguée du Venezuela a même parlé « d’un coup d’état contre les Nations unies ». Devant la crainte de ne déboucher sur aucun résultat, les réactions des pays développés sont plus nuancées. « Aujourd’hui nous avons réalisé une avancée significative et sans précédent à Copenhague, mais il reste encore beaucoup à faire », a commenté Barack Obama. Même son de cloche avec Nicolas Sarkozy qui a fait part de sa déception, tout en estimant « positif » cet accord. Même « s’il n’est pas parfait », « il engage la communauté internationale », a commenté le Président français qui n’avait pas hésité à monter en première ligne jeudi 17 et vendredi 18 décembre, interpellant en séance plénière les chefs d’Etat et de gouvernement et les exhortant à s’engager au maximum dans les négociations.

Des intérêts divergents

Les 119 chefs d’état et de gouvernement de la planète qui se sont retrouvés vendredi 18 décembre dans la capitale danoise, après deux ans de négociations, n’ont pas réussi débloquer une situation qui piétine depuis plusieurs mois. Les 1200 négociateurs présents au Bella Center les onze jours précédents en vue de ce round final, n’ont pas obtenu l’indispensable consensus pour faire face au formidable défi climatique qui menace. Leur tâche n’était pas facile, pris en étau entre les mouvements écologistes et les lobbies industriels, empêtrés dans les contradictions de leurs dirigeants et dans des intérêts divergents, bloqués par le fossé qui sépare encore pays riches et pauvres, émergents et développés. Ils n’ont pas pu trouver le délicat compromis entre des objectifs de réduction des gaz à effet de serre disparates, des 20% à 30% de l’UE au 4% des Etats-Unis (en 2020 par rapport à 1990) en passant par la baisse de l’intensité carbone chinoise de 40% à 45% d’ici à 2020 par rapport à 2005.

Le blocage du Sénat américain

Nombre d’observateurs espéraient un geste conséquent des Etats-Unis pour redonner aujourd’hui un nouvel élan aux négociations et décider des pays clés comme la Chine et l’Inde à signer un accord historique. Mais la marge de manœuvre de Barack Obama était très faible. La majorité de son opinion publique se désintéresse de l’enjeu climatique, selon des sondages récents, et le Sénat ne s’est même pas encore décidé à voter un objectif de réduction des émissions de CO2 pourtant très faible. Parmi les points d’achoppement des négociations : le refus des grandes économies émergentes, en particulier de la Chine, d’accepter un mécanisme qui permettrait de vérifier et de contrôler les efforts mis en œuvre pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les négociations vont reprendre dès janvier 2010. Les discussions risquent d’être houleuses tout au long de l’année prochaine entre les dirigeants de la planète pour tenter de trouver un difficile consensus.


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