Biodiversité : l’UICN dresse la liste des poissons rouges...

"L’Apron du Rhône a connu une régression de 90% de son aire de répartition historique" © Marianne Georget / CREN Rhône-Alpes.
Publiée le 16 décembre par le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle, la liste rouge des poissons d’eau douce constitue une nouvelle pièce à charge dans le dossier de la biodiversité française : au moins 15 des 69 espèces observées sont menacées de disparition.
Plus d’une espèce de poissons d’eau douces sur cinq est en danger. Après les reptiles et amphibiens, les oiseaux nicheurs, les mammifères et les orchidées de métropole, UICN France apporte une nouvelle pierre à l’état des lieux des espèces menacées. Il s’agit en effet de la première observation consacrée aux espèces d’eau douce. Ces poissons ont une partie au moins de leur cycle de vie en eau douce. D’autres études, centrées sur de nouvelles espèces, vont suivre du fait de l’engagement de la France à stopper l’érosion de la biodiversité sur son territoire.
Définis avec précision, les critères de la liste rouge de l’UICN en ont fait l’outil de référence mondial. La liste rouge nationale inspirée des mêmes indicateurs a été lancée en 2007, elle évalue le niveau de menace pesant sur les espèces suivant un programme taxonomique (différentes déclinaisons de la flore et de la faune) et géographique (les territoires français au delà de l’hexagone). « La Liste rouge nationale constitue un inventaire de référence sur les espèces, elle permet d’identifier les priorités d’action, de renforcer la sensibilisation et de suivre l’évolution de l’état de la biodiversité en France » rappellent d’une seule voix UICN France et le Muséum national d’Histoire naturelle.
L’activité humaine en question
Sur les 69 espèces observées, 22 n’ont pu être étudiées faute de « données suffisantes ». « L’analyse réalisée montre que la dégradation et la destruction des milieux naturels constituent la principale menace pour les poissons d’eau douce de France métropolitaine » rappellent les responsables de l’étude. Les fléaux sont listés. L’extraction de granulats, qui entraîne la destruction des habitats, Lamproie et Sophie sont les principales victimes. L’assèchement et le curage hivernal des zones humides menacent principalement la Loche d’étang. Le drainage agricole des prairies humides réduit les périodes de crues fragilisant la reproduction du Brochet. La pollution qui altère la qualité des milieux d’eau douce, met en danger l’Anguille et le Chabot du Lez. Les barrages sont aussi cités qui empêchent certaines espèces d’effectuer leurs parcours migratoire vers les zones de reproduction (Saumon atlantique, de la Lamproie de rivière, de l’Esturgeon européen et de l’Anguille européenne). Enfin la pêche et le braconnage demeurent des facteurs de « danger critique d’extinction » pour Civelles et Esturgeons. Quant au changement climatique, il pourrait déjà aggraver les conditions de vie de multiples espèces.
Quelles mesures de protection ?
L’UICN et ses partenaires (1) précisent que « des mesures réglementaires ont été prises et certaines espèces bénéficient aujourd’hui d’importants efforts de restauration, comme le Saumon atlantique, dont la situation mobilise de nombreuses associations, ou l’Apron du Rhône et l’Esturgeon européen, qui font tous deux l’objet d’un plan spécifique de conservation. » Mais ces mesures d’urgence pour les espèces en forte régression rappellent aussi que la France est toujours pointée du doigt en matière de protection des espèces. Un rapport indépendant remis à la Commission européenne en octobre dernier rappelait le retard pris dans l’application du droit européen (directive habitats ) et précisait qu’un certain nombre de pays dont la France « ne disposent pas de régimes préventifs contraignants de protection, conçus pour couvrir les activités humaines susceptibles de provoquer la dégradation des habitats ou des perturbations aux espèces ».
18 décembre 2009, Gilles Daniel
(1) Muséum national d’Histoire naturelle, Société française d’ichtyologie, Office National de l’eau et des milieux aquatiques