
Corinne Berneman : enseignant-chercheur en marrketing à l’ESC Saint-Etienne et co-auteure de l’étude.©DR
Rentabilité économique, nouveaux revenus, innovation technologique, réduction des coûts et des impacts environnementaux… dans « L’éco-conception, quels retours économiques pour les entreprises », quatre chercheurs français et canadiens montrent que l’engagement d’une entreprise dans une telle démarche est un facteur de compétitivité économique.
« Les retombées économiques directes (augmentation de revenu et/ou baisse de coûts) liées à l’éco-conception sont encourageantes. A peu d’exceptions près, toutes les entreprises qui ont été rencontrées ont noté des améliorations notoires dans leurs comptes d’exploitation. En outre, les retombées non tangibles (amélioration de l’image, relations avec les parties prenantes, développement de la créativité) se sont aussi avéré être importantes. » Telle est la conclusion générale d’une étude franco-québécoise « L’éco-conception : quels retours économiques pour l’entreprise ? » réalisée sur 18 mois entre 2007 et 2008 par quatre enseignants et chercheurs, français et québécois* et publiée au mois de décembre dernier. Elle a été réalisée à partir d’un échantillon de 30 entreprises (TPE, PME et grands comptes), 15 par pays, ayant intégré l’éco-conception dans leur démarche depuis plusieurs années.
L’objectif était de tenter de répondre à cette question : l’éco-conception est-elle rentable ?. « Cette question fondamentale demeure encore sans réponse précise » notent les auteurs en préambule. Pour autant, ils ont mis en lumière des impacts qui touchent aussi bien à la rentabilité des investissements qu’aux marges bénéficiaires, au prix de revient qu’à l’impact environnemental, à l’image de l’entreprise qu’à sa créativité et sa capacité d’innovation, à son organisation interne tout autant qu’à ses relations clients. Avec un double constat, les entreprises qui y ont goûté plusieurs fois ne veulent plus revenir en arrière, tandis que celles qui n’ont connu qu’une seule expérience s’interrogent en raison des difficultés, notamment techniques, qu’elles ont rencontrées. Par ailleurs, une tendance entreprenariale se dégage avec l’émergence d’entreprises fondées sur l’éco-conception (Efé).
Un facteur d’innovation
Première observation, la démarche a un fort impact sur l’innovation de l’entreprise. 50% des produits éco-conçus sont de nouveaux produits qui n’existaient pas auparavant, 40% viennent remplacer des produits plus anciens enfin, 10% viennent élargir des gammes déjà existantes. L’éco-conception répond également à une approche design puisqu’elle propose des objets plus économiques, plus faciles à utiliser, qui contribuent à l’amélioration de la qualité de la vie et qui, dans une moindre mesure, s’avèrent plus faciles à entretenir.
En termes d’impact sur l’environnement, les éco-concepteurs ciblent prioritairement deux phases du cycle de vie des produits, celle qui correspond à la quantité de matière première utilisée et celle qui touche à la fin de vie du produit. Mais l’impact environnemental lié aux procédés de fabrication, au transport et à l’usage figurent aussi en bonne place dans leurs préoccupations.
Des marges bénéficiaires souvent accrues
En ce qui concerne l’impact commercial, les auteurs de l’étude notent « que l’éco-conception n’a pas entraîné de détérioration de la rentabilité de l’entreprise ». Mais surtout ils soulignent que « dans une très nette majorité des cas (26 entreprises sur 30), l’éco-conception a permis une augmentation de revenus liée à la vente de produits ou services dont la marge bénéficiaire est positive, donc une augmentation des profits en termes absolus ». L’étude révèle que pour plus de la moitié des entreprises étudiées, l’éco-conception a permis de générer des revenus qui n’existaient pas auparavant, un chiffre qui n’intègre pas les 7 Efé que compte l’échantillon puisque pour elles l’éco-conception génère depuis le jour de leur création la totalité du chiffre d’affaires.
En ce qui concerne les prix de revient, deux tendances se dessinent. En premier lieu la démarche engendre des économies sur les coûts variables en raison principalement d’une moindre utilisation de matières premières et d’une baisse de la consommation énergétique. Des hausses sont par ailleurs mises en exergue pour ce qui concerne le part des frais fixes, principalement ceux liés à la R&D. Mais à l’arrivée, les entreprises en sortent gagnantes avec des marges supérieures à celle d’un produit traditionnel dans un cas sur trois, inchangées une fois sur deux et inférieures une fois sur dix seulement. L’éco-conception se dessine bien comme un facteur de rentabilité et de compétitivité des entreprises.