Mignovillard : Dix ans après la tempête (1)

Mignovillard, 660 habitants, 2 500 hectares de forêts ©DR
Entre le 26 et le 28 décembre 1999, deux tempêtes traversaient la France d’Ouest en Est, faisant 92 victimes. L’Est de la France fut particulièrement frappé. Mignovillard fut la commune du Jura la plus touchée en volume de bois, la moitié de sa surface boisée détruite. En quelques heures, la majorité de son patrimoine fut anéantie. Nous revenons en deux articles sur cette tragédie. Aujourd’hui, Mignovillard en 1999.
Perchée à 900 mètres d’altitude, Mignovillard est une commune du Jura. Petite au regard de sa population, elle n’en est pas moins la quatrième commune du département par sa superficie. Sur les 5 000 ha de la superficie du village, 2 500 sont boisés. C’est dire si la forêt est essentielle. La part communale est de 1 000 ha, le reste de la forêt est privé, réparti entre de nombreux propriétaires. L’activité économique et humaine dépend grandement de la forêt.
Le dimanche 26 décembre 1999 restera dans les mémoires des 660 habitants. Ce jour-là, des vents qui dépassent les 150 km/h balayent l’Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardennes. La Franche Comté également. La France entière est sous le choc en quelques heures, la tempête Lothar, d’une violence égale à celle d’un ouragan, met à terre un tiers de la surface boisée du village de Mignovillard. Pour la forêt communale, l’équivalent de 15 ans de récolte disparaît. Une fois passé le choc, il faut s’organiser pour réparer les dégâts. Pendant les jours qui suivent la tempête, les habitants se sont senti coupés du monde et un peu délaissés par l’Etat et l’ONF. Sans électricité (celle-ci fut rétablie entre le 30 et le 31 décembre), les voies encombrées de troncs, la ville a eu du mal à faire face.
La commune ne veut pas que cet épisode de son histoire soit oublié. Elle a donc décidé de coucher sur le papier les événements et les dix années qui ont suivi pour la reconstruction.
Sauver par le stockage
Avec une superficie de 50 km2, Mignovillard est une commune éclatée, issue du regroupement de quatre villages. « Avant la tempête,45 à 50 % du budget de fonctionnement de la municipalité provenaient des recettes de la forêt » explique le conseiller municipal Florent Serrette. « Ne pouvant recevoir d’aide de l’ONF submergée par les demandes, la commune a embauché des bûcherons. L’enjeu était de limiter le risque sanitaire pour éviter que les bactéries attaquent les 100 000 m3 de chablis, et ainsi perdre le moins possible. Dix-sept bûcherons furent embauchés pendant six mois. Ce qui est positif, c’est que nous n’avons pas été obligés de vendre la totalité du bois en 2000 (les 2/3) alors que la forêt française était à terre et que le cours du bois avait chuté de 50%. » Avec l’aide financière de l’Etat suite à la visite de la ministre de l’environnement, Mignovillard a en effet pu créer l’aire de la Fontaine-Carrée, une aire de stockage et d’arrosage, où elle a pu entreposer le reste du bois abattu de deux à quatre ans. Economiquement, c’est ce qui l’a sauvé. « Des études avaient démontré que la conservation du bois était excellente sous arrosage » explique l’élu.
24 décembre 2009, Véronique Giraud