vendredi 30 juillet 2010 - n°840

Rétro 2009 : La sortie de crise est-elle dans le Grenelle ?

En juin, Jean-Louis Borloo présentait une étude du Boston Consulting Group très prometteuse pour l’activité verte.©Tanguy Cadieu/Naja
450 Md€ d’activités nouvelles, 600 000 emplois d’ici à 2020, la mise en œuvre des mesures prévues au Grenelle est perçue par le gouvernement comme un levier de sortie de la crise économique. Tout au long de l’année une série d’initiatives ont été prises pour tenter de mettre la machine économique en ordre de marche.
Avec l’engagement du processus du Grenelle de l’environnement fin 2007 et l’émergence d’une prise de conscience collective des enjeux liés au réchauffement climatique, la nécessité de se tourner vers d’autres formes de développement économique et social fait son chemin dans les esprits en France. Elle le fait d’autant plus facilement que la crise économique qui s’est déclarée à l’automne 2008 et qui s’est propagée à travers la planète telle une traînée de poudre, pousse la plupart des acteurs publics et privés à rechercher de nouveaux vecteurs de croissance.

Une nouvelle croissance écologique

Désormais, la croissance sera verte ou ne sera pas. C’est ce que semble croire le gouvernement qui, dès le mois de février, a mis en place par l’intermédiaire de son ministère de l’environnement, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire, un Conseil économique pour le développement durable. Constitué d’experts, il reçoit pour mission de Jean-Louis Borloo de « permettre à la France de poser les fondements d’une nouvelle croissance écologique ». Les domaines dans lesquels cette dernière peut se développer ne manquent pas. Tous ou presque ont été identifiés pendant le Grenelle : l’amélioration des performances énergétiques des bâtiments, le développement des transports collectifs et de nouveaux systèmes de mobilité, la réduction de la consommation énergétique, le développement des énergies renouvelables, le respect de la biodiversité en agriculture, l’assainissement et la gestion des eaux, la prévention des risques, la gestion des déchets…
A priori, le message est plutôt bien passé. Selon un sondage réalisé par CSA pour France nature environnement en février, 80% des français pensent que les « activités vertes » peuvent contribuer au soutien de l’économie et de l’emploi. Fin 2008, un rapport du Boston Consulting Group (BCG) estimait que les éco-industries représentaient en France 60 Md€ de chiffre d’affaires et 400 000 emplois avec un potentiel de 50 Md€ d’activité supplémentaire et de 280 000 nouveaux emplois d’ici à 2020. Au mois de mars, le gouvernement prenait une initiative en faveur des éco-technologies. Les ministères de l’environnement, de l’économie et de la recherche lançaient un appel à projets en faveur de la recherche et de l’innovation dans doté de 30 M€ d’aides sur trois ans. Les principales institutions de l’Etat concernées par cette initiative sont mobilisées pour l’occasion : l’Ademe pour l’environnement, Oséo pour les finances et l’économie et, l’Agence nationale de la recherche pour la recherche. Fin mars, la Caisse des dépôts était à son tour mobilisée. Elle signait une convention avec le ministère de l’environnement en faveur de la mise en place de plates-formes partenariales dans les secteurs des éco-industries et des énergies renouvelables.

Un plan pour le développement des métiers liés à la croissance verte

En juin, le ministère rendait publique une nouvelle étude du BCG. Il s’agissait cette fois d’évaluer l’impact des 250 mesures du Grenelle, réparties en 15 programmes. Les experts estiment le potentiel de création d’emplois à 600 000 jusqu’en 2020 et chiffrent le niveau d’activités générées à 450 Md€ sur la même période, dont 170 Md€ issus des financements publics de l’Etat et des collectivités territoriales. Suffisant pour que le ministre d’Etat parle d’une "croissance verte » même si, avoue-t-il, « il est impossible de dire qu’elle permettra de compenser les pertes dues aux autres secteurs".
C’est dans ce contexte que Valérie Létard, secrétaire d’Etat en charge des technologies vertes depuis le remaniement du mois de juin, annonçait au mois de septembre la préparation d’un plan de mobilisation des filières et des territoires pour le développement des métiers liés à la croissance verte. Un comité de pilotage national pour le développement des métiers liés à la croissance verte était mis en place en octobre. Dix filières porteuses de croissance verte et d’emplois sont clairement identifiées : transports, automobile, énergies renouvelables, eau-assainissement-déchets, métiers du bâtiment, agriculture et forêts, électromécanique, construction électrique et réseaux, raffinage, biocarburants et chimie verte, tourisme et métiers de la mer.

Le volet vert de l’emprunt national

Enfin, signe que la relance serait dans le Grenelle, les priorités fixées par le chef de l’Etat pour l’utilisation des 35 Md€ du futur emprunt national qui sera levé en 2010. 5 Md€ financeront des actions en faveur du développement durable. Ces 5 milliards iront aux énergies renouvelables et décarbonées (2,5 Md€), au « nucléaire de demain » (1 Md€) – ce qui fait grincer bien des dents-, aux transports et à l’urbanisme durable (1 Md€), à la rénovation thermique des logements privés (0,5 Md€).
Mais, si l’on se fie à l’analyse de l’emprunt faite par la secrétaire d’Etat à l’environnement Chantal Jouanno au lendemain des annonces faites par Nicolas Sarkozy le 15 décembre, ce sont en fait 10,5 Md€ qui iront à la croissance verte si on rajoute les « investissements d’avenir » prévus pour les sciences du vivant (2,5 Md€), la voiture du futur (1 Md€) et de l’avion du futur (2 Md€).


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