
©Secretariat de la convention sur la biodiversite de Montreal
Le « lancement » à la française de l’année internationale de la biodiversité, a eu lieu mardi soir, 12 janvier, au siège de l’Unesco à Paris. Avec la projection en avant première du film de Jacques Perrin, « Océans », le ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer, Jean Louis Borloo, a profité de la présentation publique de ses voeux pour sonner le rappel. Après les années Grenelles, celle du sommet de Copenhague, 2010, rendez-vous officiel pour la biodiversité, est devenu l’impératif. Enjeux, entre prises de consciences et décisions internationales.
Instituée par l’ONU depuis le 20 décembre 2006, « profondément préoccupée par les incidences sociales, économiques, écologiques et culturelles de l’appauvrissement de la diversité biologique, notamment par ses conséquences négatives pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, soulignant la nécessité d’adopter des mesures concrètes pour inverser cette tendance », l’année internationale de la biodiversité s’est affirmée au fil de ces dernières années comme l’emblème d’un enjeu mondial majeur au même titre que le réchauffement climatique.
En 2005, les Nations Unies publiaient l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire. L’étude concluait que les taux actuels d’extinctions d’espèces sont jusqu’à 1000 fois plus élevés que les niveaux jugés naturels. Elle décrivait l’accélération du phénomène comme lié à celui du changement climatique, lui-même aggravé en retour par les pertes de biodiversité. L’avertissement était déjà là : il y a une limite aux dégradations que nos sociétés infligent aux environnements dont nous dépendons. Pollution, déforestation, agriculture et pêche intensive, artificialisation des sols, urbanisation sont les principaux fléaux en cause. Depuis 2000, la perte des forêts primaires est estimée à 6 millions d’hectares par an. Un quart de la surface des récifs coralliens a été détruit par la pollution et la surpêche notamment. Selon l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), un tiers des 1,8 million d’espèces connues dans le monde serait confronté à une menace d’extinction. Les scientifiques convergent en évoquant le défi que représente « la sixième grande extinction de l’histoire de la terre », la précédente, avait conduit, il y a 65 millions d’années, à la disparition de 70% des espèces dont les dinosaures.
Enjeux
« Crise » alimentaire et sous-nutrition, raréfaction et « guerre » de l’eau, accroissement des inégalités et de la pauvreté, apparition de nouveaux problèmes de santé avec par exemple la dissémination et la virulence des virus, sait-on assez les conséquences liées à la dégradation accélérée de la biodiversité ? Sait-on assez les enjeux liés à sa préservation pour les populations de la Terre ? Issue du Sommet de Rio de Janeiro en 1992, la Convention sur la biodiversité a pour objectifs « la conservation de la diversité biologique, son utilisation durable et le partage juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques ». Plus de 150 pays ont ratifié la Convention aujourd’hui. Mais la non signature de certains pays comme les Etats-Unis affaiblit considérablement sa portée. Fait essentiel cependant, depuis Rio les richesses biologiques des pays du Sud ne sont plus d’accès libre et gratuit. Sous la pression des pays du Sud, riches en biodiversité, cette dernière est devenue ressource nationale des États. En soutenant les droits des agriculteurs et des populations qui participent à la conservation de la biodiversité, les pays du Sud font rempart aux prétentions des pays du Nord qui veulent imposer, sous la pression des industriels des biotechnologies, le système des brevets. Contentieux et enjeu majeur donc, rendre contraignant comme le souhaitent les pays du Sud, détenteurs de l’essentiel du patrimoine, « l’accès et le partage des bénéfices » de la biodiversité. Lors de la Conférence de Kuala Lumpur, en 2004, les pays riches avaient demandé, sans l’obtenir, un accord non contraignant.
Contre la montre
La course de vitesse a commencé, dans le noir... Selon l’UICN, 6 à 12 millions d’espèces seraient encore inconnues. Trois à quatre fois plus selon d’autres estimations scientifiques. Comment dès lors préserver ce qui reste inconnu pour l’essentiel ? Ce que l’on sait de la complexité des écosystèmes et de leurs liens met finalement autant en évidence la fragilité des connaissances que celle de la capacité à agir. Les programmes de recherche et les grandes expéditions scientifiques se multiplient pour connaître et comprendre in situ le fonctionnement de ces écomondes. Ils rappellent aussi l’urgence de rassembler et mutualiser les connaissances au plan international. Mais l’argent manque à l’image du non engagement des états. La prise de conscience est-elle en train de se faire ? L’objectif rappelé lors du Sommet mondial du développement durable de Johannesburg en 2002 « d’un ralentissement sensible d’ici à 2010 du rythme actuel de l’appauvrissement de la diversité biologique » ne sera pas atteint. La France sort d’un long sommeil et s’emploie, depuis 2005, à rattraper son retard. Prise de conscience ou frénésie de communication ? La secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno, réclame une part du grand emprunt ainsi que la création « d’une agence de la biodiversité pour apporter des financements ». Le gouvernement français a pris la tête du combat pour la création d’un « Giec de la biodiversité ». A l’image du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat, l’idée est de créer un groupe d’experts consacré à l’étude et la protection de la biodiversité qui puisse jouer un rôle d’interface entre les scientifiques et les politiques. Objectif : mieux organiser l’information et faire émerger les priorités. Un vote de l’O.N.U répondra à cette demande en septembre prochain à New York.
Mise à l’index à plusieurs reprises, par la Commission européenne pour insuffisance de mise en oeuvre du droit communautaire en matière de préservation de la biodiversité, la France semble aujourd’hui appuyer le souhait de la communauté scientifique de « monétariser » les ressources de la nature. Dans la bouche de Chantal Jouanno qui vient d’installer ce 8 janvier, le Comité de communication "2010, année de la biodiversité", cela veut dire « évaluer les services rendus par la nature, établir le coût de la maintenance de la disponibilité de ces services, et bâtir un système d’incitations financières ». Une manière positive de dire aux entreprises initiatrices par exemple de grands travaux ou d’urbanisation qu’elles peuvent gagner elles aussi à la protection de la biodiversité. Les économistes ont chiffré le coût de l’inaction à 7% du PIB en 2050. Convaincre nécessite du temps et « une action soutenue d’éducation et de sensibilisation de l’opinion ». C’est aussi pour cela que l’ONU a conçu 2010, année internationale de la biodiversité.