
Les représentants de 64 pays dont une majorité d’émergents invités à participer hier et aujourd’hui à la conférence sur le nucléaire civil de Paris.©P.Segrette
La France et l’OCDE accueillent depuis hier les représentants de 65 pays dans la cadre de la Conférence internationale sur l’accès à l’énergie nucléaire civile. La France cherche à se positionner comme chef de file scientifique, technologique et industrie d’un marché international en pleine émergence.
La France accueillera un institut international de l’énergie nucléaire. Il sera localisé sur deux sites : sur le plateau de Saclay (Essonne) et à Cadarache (Bouches-du-Rhône), où le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) possède deux centres de recherche et d’expérimentation. C’est ce qu’a annoncé hier Nicolas Sarkozy dans son discours d’ouverture de la Conférence internationale pour l’accès à l’énergie atomique qui s’achève aujourd’hui au siège de l’OCDE à Paris. Vantant le savoir faire français en matière de nucléaire civil, le président de la République a affirmé la volonté de la France « de partager son expérience avec tous ceux qui veulent accéder ou relancer des programmes nucléaires civils ». Il a notamment estimé que face à l’accroissement de la demande mondiale d’énergie (+ 40% d’ici à 2030), « nous avons besoin de l’énergie nucléaire » pour « respecter nos objectifs en terme de lutte contre le réchauffement climatique ».
Un marché à fort potentiel auprès des pays émergents
Compte tenu du fait que « 80% de la croissance de la consommation d’énergie électrique d’ici 2030 viendra de pays nom membres de l’OCDE, il faut que le nucléaire s’implante dans de nouveaux pays » a-t-il assuré. Dans ce contexte, "le nucléaire civil peut être aux yeux de la France le ciment d’une nouvelle solidarité internationale". Mais il faut aussi songer au financement des investissements dans le nucléaire civil des pays souhaitant s’équiper de centrales. "Je ne comprends pas et je n’accepte pas l’ostracisme du nucléaire dans les financements internationaux" a-t-il indiqué, exigeant « que la Banque mondiale, la Berd, les banques de développement s’engagent résolument dans le financement". Les besoins en la matière semblent colossaux, plusieurs centaines de milliards d’euros.
En matière de sûreté nucléaire, Nicolas Sarkozy a également prôné la création d’un « organe indépendant sous l’égide de l’AIEA », dont la vocation serait d’établir « sur des bases scientifiques et techniques incontestables une grille d’analyse internationale" ainsi qu’une classement des technologies disponibles sur le marché "selon le critère de la sûreté". Pour ce qui est de la gestion des déchets radioactifs, il a appelé les autres pays à s’engager dans le recyclage. « La France veut continuer à coopérer avec de nombreux pays en mettant ses installations de retraitement et de recyclage au service de tous ceux qui n’en ont pas." Il a par ailleurs évoqué la question des applications militaires, insistant sur le "respect de la non-prolifération" des armes nucléaires et proposant aux pays possédant les technologies du nucléaire de suspendre leur « coopération nucléaire avec les pays qui ne respectent pas leurs obligations". "La France sera intraitable à l’encontre de ceux qui violent les règles de sécurité collectives", a-t-il prévenu.
Une promotion pour le nucléaire civil français
Les représentants de 65 pays sont conviés à cette conférence. Pour la plupart, ils ne possèdent pas la technologie permettant d’accéder à l’énergie nucléaire. Le Réseau sortir du nucléaire qui avait rassemblé une poignée de militants hier à Paris a dénoncé « une conférence internationale à Paris pour la promotion du nucléaire ». « Les autorités françaises propagent une distinction artificielle entre un nucléaire civil pacifique et un nucléaire militaire à réserver à un club fermé » a commenté l’association soulignant les risques de détournement vers un enrichissement de l’uranium civil à des fins militaires. Durant le week-end, elle avait publié des notes confidentielles faisant état de risques d’explosion du réacteur nucléaire du futur EPR de Flamanville. Le réseau a aussi estimé que « de la pollution générée par les mines d’uranium à l’héritage empoisonné des déchets radioactifs, du risque permanent d’accident à la menace terroriste, le nucléaire représente un danger global ».
Le contexte dans lequel la rencontre de Paris a été organisée n’est pas anodin non plus. La conférence survient à un mois du sommet des chefs d’Etat sur la sécurité nucléaire organisé à Washington par Barack Obama les 12 et 13 avril prochains et s’en veut "complémetaire". Il se déroule alors que la France n’est toujours pas revenue de son échec à Abou Dhabi en décembre, la filière nucléaire française qui proposait une offre commune pour la construction de quatre centrales nucléaires, avait été écartée du marché au profit d’un consortium sud-coréen et américain. Ce dernier avait proposé des solutions de moindre puissance que l’EPR, mais aussi moins coûteuses malgré un montant de plus de 20 Md€ d’investissements. Enfin, la conférence se déroule alors que le climat entre les divers acteurs du nucléaire français et ses principaux chefs de file que sont EDF et Areva, est des plus délétères.