vendredi 10 septembre 2010 - n°870

Animaux sauvages : Un trafic en plein essor

Le commerce illégal d’animaux sauvage entraîne l’extinction des espèces animales.©IFAW
Considéré comme la troisième source la plus importante de revenu illicite, 15 milliards d’euros par an, après le trafic de drogues et d’armes, le trafic d’animaux sauvages est un marché très important. Malgré la présence d’organismes internationaux (CITES, TRAFFIC) visant la régulation du commerce d’espèces menacées, les trafiquants agissent sans impunité et investissent Internet.
D’après une étude de l’Institut zoologique de Londres de juin 2010, le commerce illégal d’animaux sauvages ne connaît pas de crise. Cinq tonnes de viande de brousse (singe, crocodile, porc-épic, fourmilier à écailles, antilope, pangolin) transitent chaque semaine par l’aéroport Paris-Charles de Gaulle. Cette étude démontre qu’il serait alors une véritable plaque-tournante du trafic d’animaux sauvages. Par ailleurs, environ 120 millions d’animaux vivants (serpents, oiseaux, tortues, grenouille, tigre) sont également exportés chaque année en toute illégalité à travers les continents. Souvenirs des pays exotiques, nouveaux animaux de compagnies, collectionneurs, les raisons des acheteurs sont diverses et les dommages multiples. Provenant principalement d’Afrique de l’Ouest et Centrale (Cameroun, République Démocratique du Congo) et d’Amérique du Sud, ces animaux sont arrachés à leur milieu naturel pour se retrouver dans des animaleries, dans des laboratoires pharmaceutiques et cosmétiques ou encore utilisés dans l’industrie vestimentaire. D’après le docteur Marcus Rowcliffe, co-auteur de l’étude « Ce trafic peut favoriser l’introduction de maladies (Listéria, Escherichia, Staphylocoques) car les animaux ne subissent pas de contrôle sanitaire. » « Ce commerce est également la principale cause d’extinction de ces espèces animales et d’un appauvrissement de la diversité biologique » conclut CITES.

Des organismes pour lutter contre ce fléau

Des organisations internationales ont mis en place des dispositifs afin de surveiller et contrôler le commerce international. La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage (CITES) appelée aussi convention de Washington, signé par 175 pays, a été créée sous l’égide des Nations Unies en 1973. Son objectif est de surveiller le commerce international d’animaux et plantes sauvages. Regroupés en 4 annexes, 5 000 espèces d’animaux et 28 000 espèces de plantes menacées d’extinction sont ainsi inscrites dans la convention visant leur protection. Des règles sont instituées afin d’encadrer la commercialisation des différentes espèces. CITES estime que 39 % des animaux inscrits sur l’ensemble des annexes de la convention sont victimes de ce trafic et que la corruption est un obstacle majeur dans la lutte contre ce commerce illégal. Selon cet organisme, les peines maximales encourues, jamais prononcées, pour le trafiquant sont de six mois de prison avec sursis et 9 000 euros d’amende.
L’ONG TRAFFIC (Trade Records Analysis on Flora and Fauna in Commerce), créé en 1976 est dirigé par TRAFFIC Commitee, groupe composé de membres de WWF et de l’UICN (Union mondiale pour la nature). Sa mission est de veiller également au bon fonctionnement du commerce international. Constitués de 22 bureaux à travers le monde, ce réseau informe la population locale de l’existence de trafic d’animaux sauvages et tente d’améliorer la capacité de surveillance et de contrôle. Les deux organismes travaillent en coopération.
Par manque de moyens financier, d’effectifs et de temps, les autorités ainsi que les organisations n’arrivent pas à enrayer le commerce illégal d’animaux sauvages. La priorité des divers Etats reste la saisie des stupéfiants et des contrefaçons.

Internet facilite le trafic


Absence de réglementation et protégé par l’anonymat, Internet favorise la vente illégale d’animaux sauvages. A l’aide de faux documents, les cyberfraudeurs investissent les sites animaliers. Etats-Unis, Belgique, Pays-Bas, Malaisie sont les pays où les trafiquants trouvent le plus d’acheteurs. Difficile à préciser exactement le nombre de cyberfraudeurs totale sur la toile estime l’ONG camerounaise LAGA (The Last Great Ape) car les cyberfraudeurs agissent dans des cybercafés avec des complices basés dans divers pays. Internet permet d’établir de manière directe une liaison entre l’acheteur et le vendeur. L’ONG IFAW (Fond international pour la protection des animaux) lors d’une enquête réalisée en 2008 pendant trois mois sur des sites internet, démontre que les trois espèces sauvages les plus fortement concernés par ce commerce illégal sont les oiseaux exotiques, les primates et les éléphants.

Nastasia Kalawski


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